Combien coûte un travail qui n'intéresse personne

Sens ou salaire : 52 % des actifs français déclarent que leur travail ne leur plaît pas. Enquête How Much (2 615 personnes, mai 2026) sur ce que coûte vraiment un poste sans intérêt.

Sandrine Dorbes
Sandrine Dorbes
Consultante rémunération, How Much, Auteure
Publié le 14/09/26
Combien coûte un travail qui n'intéresse personne

J'entends souvent des choses assez contradictoires sur les jeunes générations. D'un côté on va dire que les jeunes ne veulent plus travailler, qu'ils et elles demandent des rémunérations déconnectées du marché réel. De l'autre on va dire que les jeunes attendent davantage de sens dans leur travail, qu'ils et elles préfèrent un job à impact qu'un gros salaire.

« Les jeunes », est-ce vraiment la seule catégorie concernée ? Que souhaitent vraiment les salariés : un travail passion ou un meilleur salaire ? La question posée aux jeunes vaut en réalité pour tout le monde, et c'est à tous les actifs que nous l'avons posée.

Avec Buzzpress, nous avons interrogé 2 615 actifs français fin avril 2026 sur leur rapport au travail, à la rémunération et à l'épanouissement. Le premier résultat donne le ton : 52 % déclarent que leur travail ne leur plaît pas. Un peu moins d'un actif sur deux y trouve encore du plaisir. Peut-être vous qui me lisez ? Je vous le souhaite. Le point de départ n'a rien de réjouissant, et il concerne autant les grandes entreprises que les structures de vingt personnes.

Salaire ou sens au travail : ce que choisissent vraiment les actifs français

Argent ou intérêt, telle est la question.

Placés devant l'alternative classique entre un bon salaire et un travail qui fait vraiment battre son cœur, 45 % des répondants refusent de trancher et réclament un équilibre entre les deux, parce que, dans leur tête, ces deux choix n'ont rien d'irréconciliable.

Après tout qui a dit qu'il fallait forcément choisir ? Si vraiment il faut faire un choix, alors c'est l'argent qui fait pencher la balance pour 25 % des répondants, 19 % préférant aller vers un emploi qui les intéresse. Les employeurs qui construisent leur discours de recrutement sur l'un en espérant faire oublier l'autre s'adressent à une minorité de leur marché.

Entre intention et réalité : les arbitrages concrets des salariés

Et dans la vraie vie ?

Dans le beau pays de « en théorie », la plupart des gens aimeraient un métier passion. Qu'est-ce que cela donne dans la vie réelle ?

Baisser son salaire en échange d'un métier plus épanouissant ? 71 % des répondants ne sont pas franchement chauds, et 38 % excluent même l'hypothèse d'emblée.

Dans l'autre sens, 85 % accepteraient un travail qui ne leur plaît pas contre une rémunération nettement plus élevée. Les mêmes personnes refusent de payer pour du sens et acceptent d'être payées pour s'en passer.

Attention : ce sont des réponses hypothétiques à un questionnaire, nous ne sommes pas en situation réelle, et je m'en méfie toujours un peu. L'étude montre justement qu'un quart des actifs envisagent de quitter un emploi mieux payé pour un poste plus épanouissant, quand 11 % seulement l'ont fait. Entre les deux, il y a un loyer et un crédit à payer.

Le désintérêt au travail a un coût : +30 % de salaire minimum

Le désintérêt a un coût, et le tarif est élevé.

Reste à savoir à combien se chiffre ce compromis. C'est là que se trouve le résultat qui devrait retenir l'attention des dirigeantes et des dirigeants. Trois répondants sur quatre acceptent de mettre un prix sur un travail moins intéressant, ce qui confirme que l'ennui professionnel s'achète. La marche est simplement très haute : 35 % exigeraient plus de 30 % d'augmentation, et un peu plus d'un sur dix affirme qu'aucune somme ne suffirait.

Traduisez ce résultat en budget. Un poste dont le contenu n'intéresse personne, vos candidats le chiffrent à un tiers au-dessus du marché. Rares sont les entreprises capables de tenir cette surenchère, année après année, sur plusieurs postes à la fois.

L'intérêt du travail proposé devient alors une variable de gestion très concrète, puisqu'il détermine le niveau de salaire qu'il faudra consentir pour attirer et garder quelqu'un.

Ce que cela change côté recrutement et attractivité (et c’est aussi valable pour les PME)

On associe souvent ces questions aux grands groupes, avec leurs équipes dédiées et leurs enquêtes internes. L'arbitrage se joue pourtant bien plus durement dans une PME ou une ETI, qui n'a pas les moyens de payer un tiers au-dessus du marché. Trois pistes, très concrètes.

  • Affichez le salaire. Une fourchette assumée dès l'offre, sans acrobaties. Le sens ne rattrape pas un salaire trop bas, il fait la différence quand le salaire est correct. Un candidat qui ne voit aucun chiffre imagine toujours le pire, et la directive européenne sur la transparence des rémunérations rendra bientôt ce silence intenable.
  • Décrivez le poste pour ce qu'il est vraiment. L'autonomie laissée, le périmètre confié, les décisions que la personne prendra seule, ce qu'elle saura faire au bout de deux ans. Voilà ce qu'une personne qui candidate compare quand deux offres se tiennent à cent euros près. Une PME donne souvent à ce niveau des responsabilités qu'un grand groupe réserve à des profils bien plus expérimentés, et elle oublie presque toujours de le dire.
  • Regardez les postes qui n'intéressent personne. Cette piste est celle qui pique le plus, parce qu'elle suppose de toucher au contenu du travail plutôt que de remettre une prime chaque année. Redécouper des missions, faire tourner les dossiers, confier une responsabilité identifiée. Cela coûte moins cher qu'une augmentation de 30 %, et cela fonctionne plus longtemps.

Le faux match

Les salariés ne sont pas devenus cyniques. Ils refusent simplement de se payer de mots dès que leur sécurité financière est en jeu, ce qui se comprend très bien par les temps qui courent. Leur demander de choisir entre leur salaire et l'intérêt de leur travail revient à leur faire financer ce que l'entreprise n'a pas su construire.

Le salaire, l'intérêt du poste, la reconnaissance et les perspectives d'évolution forment un même ensemble, et c'est cet ensemble qu'un candidat compare au moment de dire oui. Parce que la rémunération n'est pas qu'une question d'argent.

Enquête How Much réalisée du 28 avril au 6 mai 2026 auprès de 2 615 actifs français de 18 ans et plus, échantillon représentatif de la population active nationale, méthode des quotas et redressement statistique.

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